
Vert printemps
Une certaine distance s’impose.
Le tout venant des informations ne pouvant se réduire au seul détroit d’Ormuz, une certaine indifférence vous submerge ; en dehors de toute civilité une forme d’ignorance serait une posture, peu courante, mais nous offrant un mieux-être face à ce tombereau d’éditions spéciales assommantes car répétitives jusqu’à l’écœurement.
Aérez votre conversation afin de retrouver le plaisir d’échanger sur telle ou telle exposition, îlot de culture dans un océan de bavardages. Saison heureuse, lisez ou relisez sans retenue la Provence de Giono, puissance du verbe opposée aux onomatopées du temps présent, éructées en vérités chroniquées, servies tièdes et indigestes, par d’éminents spécialistes le plus souvent falots et dérisoires.
Au printemps le vert vous va si bien. Ce renouveau est une respiration, une bouffée d’air léger aux senteurs esquissées, laissant ici et là la tristesse d’un hiver, mornes pluies oubliées. Toute civilité commence par un geste de bonne humeur, un regard approbateur, sans être innocent, un ciel bleu de France, les premières fleurs de cerisiers dont le Japon fête avec ponctualité et déférence l’arrivée sous une forme exubérante. Voir sakura doit être noté tout en haut de votre to do list.
L’on pourrait instituer une journée du bon ton, à contempler la nature, la rêver en regardant une des vagues de Hokusai, enveloppante, totale, nous laissant dans nos rêves. En toute liberté. Nous nous engagerions à porter un visage de sourire, des propos évocateurs de légèreté, des mots aimables au service d’idées rafraichissantes. Les terrasses afficheraient un menu aux couleurs printanières, aux intitulés gourmands, à petits prix. Craignons cependant un certain délai de réalisation, l’effort semblant être l’indispensable souhaité, là où le rêve devrait occuper tout l’écran de notre quotidien.
Écoutons avec soin l’écho du temps lent, c’est une civilité essentielle à notre bien être. Ne transigeons pas sur l’essentiel : des milliards d’étoiles nous entourent, l’humilité et l’étroitesse de notre condition humaine nous rappellent que nos existences modestes doivent être parcourues avec courtoisie, le pas alerte, l’esprit curieux, comme un premier jour.
Nos civilités ne peuvent s’estomper, au risque de l’ennui, grisaille menaçante. Réticent ? Non sans malice, l’incomparable duc de Saint Simon accablait les caractères difficiles du terme de « fagot d’épines ». Comment mieux dire ? Laissons ces ronces sur le côté, prenons les chemins de lumière.
Les civilités de Patrice Halary.
