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LE CID, le panache à l’épreuve du présent

Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, Le Cid de Pierre Corneille revient en majesté, porté par la mise en scène de Denis Podalydès. Une production ambitieuse, élégante, incontestablement maîtrisée. Mais derrière cette perfection formelle, une question affleure : le classicisme peut-il encore surprendre ?

Une mise en scène sous contrôle

Podalydès choisit la clarté. Le respect du texte. La lisibilité. Tout est à sa place.

Les déplacements sont précis, les intentions limpides, la diction impeccable.

Et pourtant, cette rigueur confine parfois à une forme de retenue excessive.

Là où Corneille appelle le vertige, la mise en scène préfère l’équilibre : une lecture élégante… mais rarement dangereuse.

Le texte, toujours incandescent

Car il faut le dire : le texte résiste à tout. Chaque vers de Pierre Corneille porte une tension intacte. Le conflit entre honneur et amour n’a rien perdu de sa violence.

Mais c’est précisément là que le spectacle interroge : faut-il aujourd’hui illustrer Corneille… ou le mettre en crise ?

Luxe visuel, risque minimal

Les costumes de Christian Lacroix sont somptueux. Ils installent immédiatement la pièce dans une esthétique patrimoniale, presque muséale.

Une beauté indéniable, mais qui peut tenir à distance l’émotion brute.

Des acteurs entre devoir et abandon

La troupe impressionne par sa maîtrise, la langue est tenue, précise, respectée.

Mais là encore, une sensation persiste : celle d’un contrôle permanent.

Rodrigue et Chimène vibrent, certes, mais rarement jusqu’à la rupture.

Or, c’est précisément cette fracture qui fait la modernité du Cid.

“À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.”

Ici, la mise en scène semble avoir choisi… d’éviter le péril.

Une question de positionnement

Ce Cid n’est pas une relecture, c’est une affirmation, une manière de dire : le classique n’a pas besoin d’être transformé pour exister. Mais dans un paysage théâtral en quête de réinvention, elle peut sembler prudente.

Ce Cid est une démonstration d’excellence : une production d’une grande tenue, une fidélité exemplaire au texte, une esthétique somptueuse… Mais l’excellence, parfois, rassure plus qu’elle ne trouble. Et si le véritable panache, aujourd’hui, consistait à oser fissurer le classique ?

Le Cid, Théâtre de la Porte Saint-Martin, 18, boulevard Saint-Martin, Paris10ᵉ . Jusqu’au 17 mai 2026. Durée estimée 2h30 sans entracte.